Maison Chroniques CHRONIQUE : Dub Shepherds “Tales of A Wild World”

CHRONIQUE : Dub Shepherds “Tales of A Wild World”

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“Tales of A Wild World”, une critique sociale chirurgicale 

Il y a certains albums qu’on se doit de ne pas louper, grâce à leur dimension historique, à leur apport musical ou encore aux symboles qu’ils renvoient. Celui dont on va vous parler fait partie de ces albums majeurs, non pas pour ses créations sonores (enfin aussi), mais bien pour le message qu’il délivre, conscient et juste vis à vis des temps troubles que nous vivons. On parle bien-sûr de « Tales Of A Wild World » de Dub Shepherds, produit au studio Bat Records.

Un regard acéré sur notre époque

Les Dub Shepherds sont originaires de Clermont-Ferrand et semblent sortis tout droit d’un bouquin de Hunter Thompson. Cette année 2020 est importante pour eux car elle symbolise la sortie de leur deuxième projet “Tales of A Wild World”. L’opus se divise en deux parties avec six titres dans chacune d’entre elle. À travers ce projet, Dub Shepherds, Ivan Jah et J.A.H.N.O porte un regard tranchant et critique vis à vis de nos sociétés de consommation et de nos gouvernants. Un album qui sonne comme un pamphlet contre les systèmes économiques, les fractures sociales qui se font de plus en plus importantes ou encore l’individualisation de l’être humain.

Ce regard critique sur nos conditions humaines et la politique-politicienne sur la première partie est mené par Dub Shepherds avec un univers plus roots qui va puiser quelques sonorités dans le ska. La seconde partie est réalisée par Ivan Jah et Jahno dans un univers plus dub et stepper, où l’on sent l’influence de Jah Shaka, Scientist ou encore Mad Professor. Les Dub Shepherds frappent fort en nous proposant deux approches musicales différentes mais complémentaires. Toutes les pistes du projet ont été enregistrées au studio La Grange de Marsat et ont toutes été traitées au Number one Foundation de Jahno. Les mixages eux ont été effectués respectivement dans chacun de leur studio.

Babylone n’a que bien se tenir

Les thématiques de l’album sont variées et traitées avec pertinence. Avec le titre « Heavy Manners » ils dénoncent les brutalités policières et l’entêtement du pouvoir à utiliser la force pour faire passer leurs idées. « Aquarius » raconte la terrible catastrophe humanitaire qui se déroule depuis de nombreuses années en Mer Méditerranée et l’histoire incroyable de l’Aquarius qui a secouru près de 30.000 êtres humains. Dub Shepherds ne manque pas de dérision pour dénoncer les traits sournois de notre société. « Flight To Inglan » s’attaque à l’égoïsme et l’individualisme avec humour en utilisant une anecdote qui s’est déroulée durant une de leur tournée. « Fairy Tales » est un texte touchant, qui s’adresse à une petite fille afin de lui expliquer que la vie « n’est pas un compte de fée » mais un long chemin semé d’embuches.

Sur la deuxième partie du projet c’est Ivan Jah qui prend les commandes. Pour nous dépeindre ce monde en perdition l’artiste suninai-jamaicain utilise uniquement des anecdotes véridiques. Il parle autant du fils d’un homme politique avec des dreadlocks, que des obligations que l’on a en grandissant ou encore de savoir si l’argent nous permet de tout acheter. Dans le titre « The Goldbush » Ivan Jah nous compte une histoire horrifiante. Lors d’un passage du Surinam à la Guyane par le fleuve, le chanteur a assisté à des tirs d’hélicoptères effectués par des gendarmes français sur un camps de réfugiés.

De King Tuby à Lee Perry

Ce sublime projet se divise en deux parties comme nous le disions précédemment. La première partie plus roots démarre fort avec « Heavy Manners » une tune rockers, avec une basse bien lourde et une batterie qui claque. La voix de Jolly Joseph fait le reste et nous transporte loin, très loin. « Aquarius » laisse place à une tune roots poignante et entêtante. Avec « Flight To Inglan » on part dans un univers ska avec des cuivres de folie. Quant à la tune « Bloody System » la ligne de basse est lourde, les guitares aériennes et la voix compressée comme pouvait le faire le grand King Tubby. On finit cette première partie avec « Fairy Tales » et son riddim angoissant que l’on dirait sorti tout droit d’un film de science fiction. La deuxième partie est composée des mêmes riddims que la première mais passés dans la moulinette de Jahno ( riddims ralentis, isolation d’instruments etc). « Tales of a Wild World » est un album majeur pour son message mais aussi pour ses effets sonores. En effet le projet transpire l’influence de Lee Scratch Perry et de King Tuby autant sur les effets dubs que sur le mix final enregistré sur bande magnétique.

« Tales of A Wild World » dépeint avec justesse et habilité le monde qui nous entoure, sa violence, son nombrilisme et l’oligarchie politique en place qui ne cesse d’imposer ses idées. Pour accompagner le tout, Dub Shepherds délivre des tunes de reggae roots, de ska, ou de dub poetry digne de l’âge d’or du reggae dans les années 70, avec un talent stratosphérique.

By Little Bilbo Team Selecta KZA

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