Maison Chroniques CHRONIQUE : Protoje « In Search Of Lost Time ».

CHRONIQUE : Protoje « In Search Of Lost Time ».

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Protoje en quête de l’intemporalité



À 39 ans Protoje revient avec un nouveau projet de dix titres intitulé « In Search Of Lost Time ».
Pour ce cinquième album studio il s’est associé avec In.Digg.NNation Collective, Six Course et RCA Records.
« In Search Of Lost Time » s’inspire de la littérature de Proust, tout en proposant un reggae imagé croisant analogique et numérique avec brio

De Marcel Proust à Protoje

Protoje

a toujours délivré des paroles conscientes et philosophiques, pensées et tranchantes. Sur chacun de ses albums le sujet majeur, jusqu’à présent, reste « le temps ».
Ce n’est donc pas surprenant que Protoje est un intérêt tout particulier pour Marcel Proust et son refus du temps comme disjonction entre soi et soi-même.


Un intérêt si profond que Protoje a donné à son nouvel album le nom d’une des plus grandes oeuvres de Proust : A la recherche du temps perdu.
Ce nouveau projet balaie un bon nombre de sujets : on passe de l’amour de son prochain à celui de la ganja, de la jeunesse de Protoje à son adolescence, de ses hauts à ses bas.
Il aborde aussi des sujets liés aux divers problèmes sociaux que rencontre la Jamaïque ainsi que l’avenir de sa jeunesse.

En tant que songwriter, Protoje fait la différence en proposant des lyrics créant à l’auditeur des images concrètes, lui permettant de s’identifier
et de prendre du recule vis-à-vis de lui-même.
Le titre « Strange Happenings » en est un très bon exemple puisqu’il inspecte et se remémore sa jeunesse, cette époque insouciante qui vous conduit à l’âge adulte et où la douleur et l’oppression sont omniprésents.
La cover de l’album témoigne d’ailleurs de sa réflexion profonde sur son évolution en tant qu’artiste, en tant que père et en tant qu’homme.
Autre exemple, dans la tune « Self defense » où il aborde sans détour la violence et plus principalement les violences faites aux femmes,
qui restent un sujet encore largement tabou en Jamaïque comme en France. 


Le goût du risque 



Protoje a construit son nom et son aura sur des tunes de reggae roots solide et massif.
Avec ce cinquième opus il prend des risques et appréhende la vie et le monde avec de nouvelles perspectives. 


Musicalement, il fait un virage notable vers des sonorités venues tout droit du rap et du r&b en gardant une base purement reggae revival.
L’album rassemble quatre collaborations sur les dix titres, dont une avec l’étoile montante jamaïcaine Koffee et sa petite protégée Lila Iké.
Les deux autres collaborations sont avec Popcaan pour la tune « Like Royalty » et « A Vibe » avec le rappeur Wiz Kalifa.
On notera un parfait équilibre entre voix féminines et masculines.


Avec ces différentes collaborations Protoje montre une fois de plus son attachement tout particulier à la nouvelle scène jamaïcaine.
On se rappelle notamment de ses feat avec Chronixx ou Mortimer. Pour ce cinquième album,
il s’inspire de deux singjay bien connus dans le Dancehall : Papa Levi avec son tube « Mi God Mi King » que l’on retrouve dans la tune « Switch It Up » avec Koffee
ainsi que Papa San avec sa big tune « Strange » qui est repris dans le dernier morceau de l’album « Strange Happenings ». 


Entre analogique et numérique



L’album débute à toute blinde avec l’excellent « Switch It Up » en feat avec Koffee que l’on dirait tout droit sorti de la bande originale d’un film cubain.
Le morceau est d’une harmonie et d’une fluidité déconcertante.
Si vous êtes curieux vous remarquerez, dans les crédits de l’album, que les voix de Lila Iké, Sevana, Royal Blu ou encore Chronixx sont présentes sur le refrain.
Le second morceau « Deliverance » nous amène dans un univers plus complexe porté par un riddim très nineties
avec des influences de jazz et de r&b. Comme sur la majorité des titres Protoje fusionne le digital et l’analogique, pour un résultat très réussi.
On peut d’ailleurs y entendre Stephen Forbes jouer du tambour Nyabinghi.
Arrive ensuite la très tranchante « Still I Wonder » qui nous ramène dans un univers purement filmographique accompagné par le jeu de guitare magnifique de Mitcum « Khan » Chin. Le quatrième titre «Weed & Ting » mélange trap et reggae cloud, ce qui donne l’impression de se blottir dans un nuage de barbe à papa.
Mention spéciale ! 

La tune suivante s’intitule « A vibe » en collaboration avec Wiz Kalifa, un morceau entre rap et reggae qui fait amplement le travail et dans lequel les deux compères font l’apologie du cannabis. « Same so » quant à lui sonne comme un reggae-skank porté par une ligne de basses lourdes et un son de guitare cristallin.
Arrive ensuite « In Bloom » un concentré de grâce qui nous amène dans un voyage planant accompagné de la voix soyeuse de Lila Iké. Dans le morceau « Self Defense » l’atmosphère est lourde, presque angoissante avec un instrumental minimaliste, qui rappelle l’excellent « Blood Money ».
L’avant dernière tune « Like Royalty » en feat avec Popcaan mélange l’univers des deux artistes avec agilité pour un morceau mémorable.
La réinterprétation du morceau « Strange » de Papa Stan prouve une fois de plus la facilité avec laquelle Protoje s’inspire des fondements et des sonorités actuelles.


Avec « In Search Of Lost Time » Protoje signe un album très personnel tout en s’interrogeant sur notre société avec intelligence.
Le mélange de reggae, de rap, de trap ou encore de jazz offre un projet complexe et réfléchi qui continue le voyage musical commencé il y a déjà douze ans avec Protoje.

By Little Bilbo Team Selecta k-za

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