Maison Chroniques CHRONIQUE : Toots & The Maytals “Got To Be Tought”

CHRONIQUE : Toots & The Maytals “Got To Be Tought”

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Toots chroniques Got To be Tough
Photo by Venla Shalin/Redferns

Toots And The Maytals reviennent pour leur dernier combat

Toots & The Maytals est l’un des groupes les plus influents dans le monde du reggae. Ils sont de retour avec un nouvel album baptisé « Got To Be Tought ». Grâce à leur joie et leur combativité, leur musique a inspiré les générations les unes après les autres, et cela n’est pas prêt de cesser. Nous avons appris la terrible nouvelle il y a quelques jours. Frederick « Toots » Hibbert, l’une des plus belles voix de la musique jamaïcaine s’est éteint à Kingston à l’âge de 77 ans.

Retour sur une parcours unique

Fredrick Hibbert est né en 1942 dans une famille d’adventistes au sud de la Jamaïque dans un petit village du nom de May Pen. C’est à l’Eglise avec une chorale de gospel qu’il fait ses premiers pas dans la musique. À l’adolescence, il monte à la capitale pour gagner sa vie comme barbier. Dans les yards de Kingston il fait la connaissance de Ralphus “Raleigh” Gordon et Nathaniel “Jerry” Matthias. Ensemble ils vont former les Maytals. Alors qu’ils font leurs armes chez Sir Coxsone au mythique Studio One en 1964 ils sortent leur premier morceau, celui qui va les faire connaitre : « Hallejuah ». Ils enchaînent avec la big tune « Bam Bam » qui sera reprise plus tard par Kanye West ou Lauryn Hill. Le band collabore avec Prince Buster, Bunny Lee mais c’est Leslie Kong qui va les rendre célèbre. En effet en 1968 l’histoire de la musique bascule. Avec son titre « Do The Reggay », Toots va donner son nom à ce genre si connu aujourd’hui : le Reggae ! « Ça vient du mot streggay, fille de petite vertue, mal habillée. Comme je ne pouvais pas utiliser ce mot, j’ai enlevé le « s » et c’est devenu reggae » expliquait Toots.

Le groupe commence à se faire connaître en Angleterre grâce au sublime « Funky Kingston » et aux USA via le film « The Harder They Come » sorti en 1972, sur lequel il signe deux titres pour la bande originale. Le film met en lumière l’industrie musicale de l’île à travers trois studios : Federal, Studio One et Dynamic. Des lieux bien connus de Toots. À la mort de Leslie Kong, Toots and The Maytals rejoint l’écurie de Byron Lee puis signe un contrat en 1975 chez Island Records. Chris Blackwell va en faire des stars internationales avec l’album « Reggae Got Soul ». En 1981 le rêve prend fin. Le groupe se sépare. De son côté Toots Hibbert garde le nom du groupe et continue d’occuper l’univers musical en enregistrant des albums et en menant des tournées. En 2004 il sort un album de duos juste incroyable nommé « True Love ». Il recevra d’ailleurs un Grammy Awards pour cet album sur lequel on retrouve Jeff Beck, Ben Harper ou encore The Roots. Keith Richards, fin connaisseur et érudit du mouvement reggae disait à son sujet : « C’est un chanteur incroyable. Sa voix me rappelle celle d’Otis Redding. Quand tu l’entends chanter « Pain In My Heart », c’est frappant ! »

“Got To Be Though” attendu de pied ferme

Après 10 ans d’absence, Toots revient enfin avec un nouvel album. Même si ce dernier est très attendu par les fans, le groupe n’a plus grand chose à prouver. Ce nouvel album « Got To Be Though »,  est produit par le fils de Ringo Starr qui figure lui-même sur l’album. On retrouve aussi Ziggy Marley, Sly Dunbar et Cyril Neville. Après 60 ans de carrière le message de Toots reste le même : « Résistance » ! Musicalement c’est un album léché, où l’on retrouve une multitude de solos de guitare qui s’entrechoquent, des cuivres survoltés dans tous les sens. En effet Toots propose un album à l’opposé du minimalisme où chaque morceau est une démonstration de force.

Toots encore une fois fait le choix d’éveiller les consciences. Le titre « Just Brutal » revisite l’époque de l’esclavage, « Drop Off Head » et « Struggle » quant à eux parlent de la censure et le bayonnage d’une certaine partie de la population. « Stand Accused » exprime le souhait que plus de lumière et d’amour régissent notre monde. Sur cet album, Toots parle également de l’importance de l’éducation et de notre devoir de protéger les futures générations pour qu’un monde plus égalitaire advienne.

Un album politique et conscient

L’album s’ouvre avec l’électrisant « Drop Off Head » sur des sons de guitares croustillants accompagnés de la voix de velours de Toots. « Just Brutal » sonne très funk, on dirait presque que le groupe « Chic » a conçu le riddim. Arrive le titre éponyme de l’album, un reggae roots avec des sonorités sombres et qui agissent comme un effet miroir avec les paroles de Toots, « Notre jeunesse se fait massacrer ». Avec ce titre il appelle chacun de nous à se réveiller face à l’urgence. Le titre suivant « Freedom Train » sonne plus rock avec un côté très gospel. On enchaîne avec « Warning Warning » mené par une rythmique de guitare tranchante.

Le morceau « Wood Thing That You Call » est un pur morceau de gospel. « Stand Accused » est une perle à tous les niveaux. Musicalement la chanson est parfaite, la voix puissante et profonde de Toots sur ce titre témoigne de sa grandeur. Il nous amène dans un univers roots avec des guitares saturées et subtiles, une section de cuivre soul avec un son exceptionnel, et une ligne de bass ravageuse. Avec ce titre puissant et magique, Toots espère un monde plus juste mené par des esprits éclairés.

Toots pour toujours

Arrive la reprise de « Three Little Birds » de Bob Marley en feat avec Ziggy Marley. Le rythme est bien plus rapide que sur l’original, il intègre beaucoup d’aspects de la construction musicale du ska. « Having a party » vous donnera sûrement envie de retourner votre salon et de danser toute la nuit. L’album se finit avec un message d’unité sur un fond de funk et de rocksteady avec le titre « Struggle ». Toots finit cet album avec un souhait qui le guide depuis ses premiers pas dans la musique : « Nous devons trouver un moyen d’arrêter les combats, les fusillades et les tueries ».

Après plus de 50 ans de carrière Toots & The Maytals n’a rien perdu de sa grandeur, de sa pertinence et encore moins de son esprit politique tranchant avec cet album porté par des riddims roots, gospel ou encore funk. Sa voix de velours nous manquera pour toujours, mais elle restera à tout jamais dans nos coeurs.

By Little Bilbo Team Selecta k-za

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