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Chronique : Shaggy – Lottery : le vétéran du dancehall joue encore avec tout le monde… et gagne encore

À ce stade de sa carrière, Shaggy pourrait facilement vivre sur la nostalgie de Boombastic ou It Wasn’t Me. Faire des tournées rétro, recycler les mêmes recettes et laisser parler les streams.
Mais Lottery prouve exactement l’inverse.

Cet album sonne comme un artiste qui refuse de devenir une caricature de lui-même.

Le titre du projet n’a rien d’un hasard : pour Shaggy, la “lottery”, c’est cette idée de toujours miser sur soi-même. Et honnêtement, après plus de trente ans de carrière, le mec continue encore à trouver des angles que beaucoup d’artistes plus jeunes cherchent toujours.

Ce qui frappe directement, c’est la manière dont l’album traverse les styles sans jamais perdre son ADN jamaïcain. Dancehall, reggae, R&B, pop, lovers rock… tout se mélange naturellement. Là où certains albums hybrides ressemblent à une playlist Spotify sans cohérence, Lottery garde une vraie identité du début à la fin.

L’ouverture avec God Is Amazing donne immédiatement le ton. Entre les interventions de Mutabaruka, la touche mélodique de Vanessa Amorosi et la production lourde mais élégante, Shaggy montre qu’il ne vient pas juste faire danser : il vient raconter quelque chose. Derrière les refrains accessibles, il y a souvent une réflexion sur le temps, la réussite, les trahisons ou la survie.

Puis l’album accélère.

Boom Body avec Akon et Aidonia est clairement taillé pour les gros systèmes son. C’est sale, efficace, calibré pour exploser en soirée. À l’inverse, Lookin’ Lovely avec Robin Thicke ressort le Shaggy charmeur des années Mr. Lover Lover, version plus mature et mieux produite.

Mais les meilleurs moments du disque sont peut-être ceux où il baisse un peu le masque.

Sur Bun (She Loves Me), Shaggy retourne presque son propre mythe. Le gars qui avait transformé l’infidélité en tube mondial avec It Wasn’t Me livre ici quelque chose de beaucoup plus amer et personnel. Il y a une vraie fatigue émotionnelle dans ce morceau. Une manière de regarder les relations avec les yeux d’un homme qui a vécu plusieurs vies.

Même sensation sur I Gotta Work ou I’m Good avec Anthony Hamilton : des morceaux construits autour du quotidien, du travail, de la pression et du besoin de continuer malgré les années. Pas besoin de surjouer la rue ou la violence — la maturité du disque parle toute seule.

Et puis il y a Dancehall Nice.

Impossible pour un amateur de reggae/dancehall de ne pas sourire en entendant Beres Hammond, Dexta Daps et Shaggy sur le même morceau. Ça respire la Jamaïque, les sound systems, les nuits chaudes et les lovers tunes qui tournent jusqu’au matin. Un vrai hommage à la culture dancehall sans tomber dans la copie nostalgique.

L’autre réussite de Lottery, c’est son casting. Beaucoup d’albums remplissent des feats pour faire du chiffre. Ici, chaque invité semble avoir été choisi pour une raison précise. Sting apparaît à deux reprises, notamment sur Til A Mawnin, morceau inspiré par l’héritage du producteur jamaïcain Henry “Junjo” Lawes. Et plutôt que de sonner comme une tentative pop forcée, le titre garde cette texture dancehall roots qui fait le lien entre générations.

Au fond, Lottery parle surtout de longévité.

Pas la longévité fake des artistes qui survivent grâce à leurs anciens hits. La vraie. Celle des artistes capables de continuer à créer sans courir après les tendances TikTok du moment. Shaggy ne cherche plus à prouver qu’il est numéro un. Il agit comme quelqu’un qui connaît déjà sa place dans l’histoire.

Et c’est sûrement ce qui rend l’album aussi solide.

Parce qu’au lieu de courir après la jeunesse, Lottery sonne comme un vétéran qui maîtrise encore parfaitement son terrain. Un artiste qui connaît les codes du mainstream, mais qui garde les pieds plantés dans la culture sound system jamaïcaine.

PARTENARIAT : REGGAE VIBES n°91

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