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CHRONIQUE : Brother Culture “12 Lights”

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Brother Culture frappe fort avec “12 Lights”

Le combo gagnant Brother Culture-Evidence Music a fait son retour. Dans un album 16 titres qui répond au nom mystique de «12 Lights», le chanteur originaire de Brixton conte et accuse de sa voix râpeuse. Avec Radikal Vibration, Derrick Sound, Little Lion Sound et Addis Records, les Suisses ont pavé la voie à Brother Culture pour un album résolument dub. On prend les mêmes et on recommence. Ça pourrait être le sous-titre de 12 Lights, le deuxième volet issu de la collaboration entre Brother Culture, le MC de Brixton et Evidence Music, les entremetteurs de la scène jamaïcaine de Genève. Comme pour le premier opus Code Name sorti en 2018, il est question de dub.

De gros dub, à la sauce roots mais quand même servi avec délicatesse par le crew Radikal Vibration. Sur ces 16 tracks, Brother Culture ne faiblit pas, habitué de toutes sortes d’instrus, il distribue une énergie pure avec sa voix unique, éraillée et monocorde. L’album est un terrain de jeu pour le MC qui a collaboré avec des pointures comme Adrian Sherwood, Mad Professor, The Prodigy ou encore Mungo’s HiFi, avec aisance il pose un flow linéaire mais tranché qui donne envie de skanker sur son canapé. Parfois à la limite de la note, le MC tient la cadence avec ses paroles fédératrices et engagées.

Le titre de l’album 12 Lights est tiré du morceau éponyme. Teinté de mystique et de références rastafari, 12 Lights symbolise les 12 tribus d’Israël, fondées par les 12 fils de Jacob sur l’antique terre Canaan. «Twelve powers of Lights, twelve powers of Creation», les douze lumières représentent la force et l’inspiration qui émane de Jah. Mais l’album tourne aussi autour de thématiques bien ancrées dans l’actualité. Brexit résonne comme une mise en garde contre la division qu’a causé la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Un cri d’alarme pour les Anglais qui, partisans du Brexit ou non, restent à la merci des crocs de la «Big Bad Machine», le capitalisme. La track Victim situe la position du chanteur jamaïcain; celle d’un rebelle, face au système oppresseur qui refuse de se victimiser. Pendant presque 4 minutes, Brother Culture appelle à se battre, à toujours se réinventer, car tomber dans «les filets de Babylone» ne fait pas de nous des victimes tant que l’on garde la tête haute. Entre prédicateur des sounds systems (Battlefield) et père spirituel de la lutte pour un monde plus juste (New Love), Brother Culture conserve son aura de sage musicien.

Pour porter cet héritage lourd de sens, Evidence Music a rassemblé une armada de dub plates puissantes menée principalement par Radikal Vibration, un fin collectif de producteurs de Genève, déjà habitués du chanteur. Immergées dans le dub digital comme dans les sonorités roots, les prods offrent tout l’espace nécessaire aux messes du Brixtonien. Quelque part entre Kanka et Lee Perry, les instrus accompagnent le MC entre flow chanté et toastin’ incisif. À la liste des producteurs s’ajoute Addis Records qui apportent leur touche instrumentale, et Derrick Sound présents sur le banger de l’album Fling a Fyah notamment. Pour épauler Brother Culture, le pilier vocal d’Evidence, Nello B s’incruste au casting sur la tune Stepping Up, pendant que le brésilien Junior Dread offre un refrain sublime sur The Control avec sa voix si proche de celle des Marley.

Retour gagnant donc pour le MC qui demeure toujours aussi dynamique après plus de 30 ans de carrière. Malgré un son qui mériterait parfois un peu plus de grain, 12 Lights s’écoute d’une traite avec des subs suffisants. Taillé pour la chaleur des concerts estivaux, il faudra encore attendre avant d’entendre les paroles de Brother Culture cracher depuis un sound. En attendant, la sagesse qu’elles portent offre une première lecture méditative et apaisée de ce très bon album.

By Senaar Team Selecta KZA

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