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Chronique : Marcus I meets aDUBta – FULLNESS : quand la musique devient un espace vivant

Il y a des albums qui se construisent en studio.
Et d’autres qui naissent presque comme une conversation.

FULLNESS appartient clairement à la deuxième catégorie.

Entre Marcus I en France et aDUBta en Allemagne, le projet n’a pas commencé par une session classique, mais par un échange continu de riddims, de voix et d’idées. Une sorte de ping-pong musical transalpin qui, au fil des mois, a fini par trouver sa propre respiration.

Et ce qui en ressort, c’est exactement ce que son nom annonce : une sensation de plénitude.

Dès les premières secondes, on est plongé dans une esthétique très organique. Batterie jouée à la main, basse ronde et profonde, guitare légère qui flotte au-dessus du mix, et cette chaleur analogique qui donne l’impression que chaque note a été enregistrée sans filtre, sans pression, sans précipitation.

Rien n’est surchargé. Tout respire.

Musicalement, FULLNESS navigue entre Early Reggae, Rocksteady et Roots, avec des détours naturels vers le Dub. Mais ce mélange ne sonne jamais comme une démonstration de style. C’est fluide, presque instinctif. Par moments, les morceaux restent droits et solides comme des riddims des années 70. À d’autres moments, ils se dissolvent dans des delays, des échos et des reverbs qui ouvrent complètement l’espace sonore.

On sent clairement la patte de aDUBta dans cette approche du mix : une construction presque live, héritée des machines analogiques et du Tascam 388, où chaque mouvement de fader devient une performance en soi.

Et au centre de tout ça, la voix de Marcus I.

Son chant est simple, direct, sans surjeu. Il ne cherche pas à impressionner, mais à transmettre. Gratitude, amour, liberté, attention aux petites choses du quotidien… les thèmes sont universels, mais jamais abstraits. Il y a une sincérité qui traverse chaque morceau, comme si les paroles avaient été écrites dans le moment même où elles étaient chantées.

L’album prend encore plus de relief quand on regarde comment il s’est construit.

Ce n’est pas un projet “posé” en studio en quelques semaines. C’est une œuvre née dans le temps long : échanges à distance depuis 2022, envoi de riddims chaque semaine, ajustements progressifs, puis rencontre physique dans le studio Attic Roots en Bavière. Et là, tout s’est aligné naturellement.

Le côté humain du projet est essentiel.

Autour du duo, plusieurs musiciens viennent enrichir la texture sans jamais la surcharger : cuivres, basses, guitares, interventions discrètes mais précieuses. Chaque contribution semble pensée pour servir l’ensemble, pas pour briller individuellement.

On retrouve aussi des musiciens issus de la scène roots européenne, notamment des membres de projets comme Dub Inc via Morry “Da Baron” sur certaines lignes de basse, ou encore des souffles cuivrés qui viennent élargir l’espace sonore sans jamais le briser.

Ce qui rend FULLNESS intéressant, c’est justement cette sensation d’équilibre permanent.

Rien n’est forcé. Rien n’est spectaculaire. Mais tout est juste.

C’est un album qui ne cherche pas à impressionner par la technique, mais par l’atmosphère. On peut l’écouter en fond… ou s’y plonger complètement. Dans les deux cas, il fonctionne. Et c’est souvent là que se cachent les projets les plus solides du reggae moderne : ceux qui ne demandent pas d’attention, mais qui finissent par l’imposer doucement.

Au final, FULLNESS porte bien son nom.

Pas comme une promesse marketing.
Mais comme un état.

Celui d’une musique qui respire, qui relie les gens, et qui rappelle que parfois, le plus important n’est pas ce qu’on ajoute… mais ce qu’on laisse vivre entre les notes.

PARTENARIAT : REGGAE VIBES n°91

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