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Chronique : Protoje – The Art of Acceptance : un album qui flotte entre méditation et sound system

Il y a des albums qui cherchent le hit.
Et il y a ceux qui cherchent un état d’esprit.

Avec The Art of Acceptance, Protoje semble avoir complètement arrêté de courir après les attentes du public. L’album donne l’impression d’un artiste qui a enfin compris qu’il n’avait plus besoin de choisir entre reggae roots, hip-hop, dub ou dancehall moderne. Il prend tout… et construit son propre monde avec.

Le résultat est probablement l’un de ses projets les plus libres à ce jour.

Dès Something I Said avec Jesse Royal, l’ambiance est installée : batterie minimaliste, basse profonde, mélodies soul presque flottantes et cette manière unique qu’a Protoje de rapper sans jamais vraiment rapper. Tout paraît calme… mais sous la surface, ça bouge énormément.

L’album fonctionne comme une longue traversée mentale.
On passe de morceaux introspectifs à des titres beaucoup plus lourds sans jamais casser l’équilibre général. BIG 45 arrive comme une énorme claque sound system, pendant que Feel It ou Love Overflow prennent une direction beaucoup plus aérienne, presque hypnotique.

Ce qui impressionne surtout, c’est la production de Winta James.
Au lieu de refaire le reggae “revival” des années 2010, il mélange textures analogiques, batteries modernes, dub profond et influences hip-hop avec énormément d’espace dans le mix. Chaque instrument respire. Ça ressemble parfois plus à un disque qu’on écoute au casque tard la nuit qu’à un album conçu pour la radio.

Et pourtant, malgré ce côté introspectif, plusieurs morceaux frappent très fort en live.

Ting Loud avec Masicka est un vrai missile dancehall. Le contraste entre les deux artistes fonctionne parfaitement : Protoje garde son calme pendant que Masicka apporte cette tension brute venue du dancehall moderne jamaïcain. Même énergie sur At We Feet avec Damian Marley, morceau pensé pour les gros systèmes son. Beaucoup de fans parlent déjà d’un futur classique en concert.

L’autre grosse surprise du disque vient de Goddess avec Shenseea. Là où certains attendaient un featuring commercial, le morceau reste étonnamment subtil et sensuel. Protoje réussit à intégrer des artistes très différents dans son univers sans jamais perdre la cohérence du projet.

Mais le morceau qui laisse probablement la trace la plus profonde reste 1000 Lashes avec Stephen Marley. Une track lourde émotionnellement, construite autour de la mémoire, de la douleur historique et de l’héritage afro-caribéen. Sur les forums reggae et Reddit, beaucoup parlent déjà du morceau le plus puissant de l’album.

Ce qui rend The Art of Acceptance intéressant, c’est aussi ce qu’il refuse de faire.

Protoje ne cherche pas à refaire Who Knows.
Il ne cherche pas non plus à sonner “roots” juste pour rassurer les puristes. Il accepte simplement son évolution. L’album parle exactement de ça : accepter le changement sans perdre son identité.

Et cette honnêteté change complètement la sensation du disque.

Par moments, l’album paraît presque méditatif. À d’autres, il retrouve l’énergie rugueuse des sounds jamaïcains. Mais même dans ses moments les plus calmes, il garde une vraie profondeur musicale. Ce n’est pas un projet conçu pour tourner deux semaines avant d’être oublié. C’est un album qui demande du temps, plusieurs écoutes et de bonnes enceintes. D’ailleurs, beaucoup de fans parlent déjà d’un disque “fait pour être écouté du début à la fin”.

À ce stade de sa carrière, Protoje ne donne plus l’impression de vouloir représenter uniquement le reggae revival ou une nouvelle génération jamaïcaine.

Il agit plutôt comme un artiste qui construit son propre langage musical.

Et The Art of Acceptance ressemble exactement à ça :
un album mature, dense, parfois mélancolique… mais complètement libre.

PARTENARIAT : REGGAE VIBES n°91

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