Maison Lyrics & Culture Lyrics & Culture #4 : Roots Reggae – Pablo Moses “Give I...

Lyrics & Culture #4 : Roots Reggae – Pablo Moses “Give I Fi I Name” by James Danino

0


Lyrics & Culture #4 : Roots Reggae – Pablo Moses “Give I Fi I Name” by James Danino

Le Reggae est le genre qui apparait après la courte période du Rocksteady. On dit généralement que le 1er morceau Reggae serait « Bangarang » de Stranger Cole et Lester Sterling, produit par Bunny Lee et sortit en 1968. Au-delà des modifications rythmiques et de tempo, ce qui caractérise le plus le Reggae c’est son contenu lyrique. En effet cette musique apparait dans une période ou partout dans le monde les luttes sociales s’intensifient, la Jamaïque s’inscrit elle aussi dans ces prises de consciences sociales.

Rastafari movement 

En Jamaïque, le Reggae devient un vecteur d’expression pour un mouvement qui existe déjà depuis presque 40 ans mais qui jusque l’a était rejeté et marginalisé par la société, le mouvement Rastafari. C’est un mouvement messianique, qui voit dans le couronnement de l’empereur d’Ethiopie Haile Selassie l’accomplissement de prophéties Bibliques ainsi que des prophéties d’un prêcheur et militant jamaïcain, Marcus Garvey. Empreint des thèses Garveyites, le mouvement Rasta se base autour de principes qui sont en totale opposition avec les moeurs jamaïcaines de l’époque. En effet le mouvement questionne et redéfinie l’histoire du pays, la place des noirs dans la société et redéfini même la nature de Dieu en rejetant le concept d’un Christ blanc en le remplaçant par un Dieu vivant noir assis sur le trône Ethiopien. Ces remises en questions sont profondes et souvent choquantes pour la population jamaïcaine.

Les Rastas prônent la fierté d’être noir, les Dreadlocks par exemple étant un symbole d’un retour à une apparence plus naturelle mais qui fait peur à une société qui depuis 400 ans a appris qu’il faut tout faire pour réprimer sa négritude et essayer de se rapprocher le plus possible d’un idéal “blanc”. Ces remises en questions sont profondes et dans ce morceau, Pablo Moses né Pablito Henry, nous explique sa position par rapport aux noms que portent les jamaïcains. En effet lorsque les esclaves arrivaient en Jamaïque, on leur donnait des prénoms européens et ils prenaient le nom de famille de leur propriétaires. Le mouvement Rasta rejette ces concepts et beaucoup de Rastas adoptent des noms qui, pour eux, représentent mieux leur négritude, leur foi et leur Africanité. Dans ce morceau produit par Jeffrey Chung, un rasta issu de la diaspora chinoise présente en Jamaïque, Pablo Moses cite des patronymes communs en Jamaïque en nous faisant remarquer qu’aucun de ces patronymes ne pourrait correspondre à des origines africaines.

I & I

Le mouvement Rasta prône aussi un rapatriement des descendants d’esclaves sur le continent Africain et Moses nous explique que ça serait une honte de retourner là-bas en portant un nom qui ne correspond pas à ses racines. En plus de repenser leur position sociétale, les Rastas redéfinissent la langue pour mieux correspondre aux principes de vie qu’ils ont adopté. Un de ces principes et la redéfinition de la place de chacun vis-à-vis de la communauté humaine mais aussi par rapport à Dieu. Alors que de manière générale on considère que chaque individu est une entité séparée du reste, les Rastas rejettent ce concept et affirment que les Hommes font tous parti d’une unité qu’il ne faut diviser en individus et que cette unité entre les Hommes et aussi une unité avec Dieu. C’est pour cette raison qu’ils refusent l’utilisation de termes comme “Je” et “Tu” qui impliquent une séparation et le remplace avec des “I” et notamment le concept de “I and I”, “Je et Je”. Ce “Je et Je” c’est le lien entre les humains et le lien entre les humains et Dieu.

A partir de là ils modifient tout un pan de la langue Anglaise en remplaçant les préfixes qu’ils estiment négatifs ou impliquent une division en les remplaçant par des “I”. On peut le constater ici avec le mot “Idrens” qui est la forme modifiée de “brethrens”, “frères” en français. Ce morceau “Give I Fi I Name” nous aide donc à percevoir et comprendre une partie des principes Rastas et leur applications dans la vie courante et met en lumière des concepts que beaucoup d’auditeurs n’avaient jamais analysé. Des années 70 jusqu’à aujourd’hui, ce morceau reste crucial pour reconnaître qu’au-delà d’être un mouvement spirituel, le mouvement Rasta est un mouvement qui redéfinit le monde dans lequel on vit et nous permet de questionner des principes qui, jusque là, paraissait gravé dans la pierre.



Pablo Moses – “Give I Fi I Name”

Français :

Reprends ton nom et donne moi mon nom
Je et Je ne voulons pas de ce nom
Les noms Chinois Chin et Chung
McIntosh vient d’Ecosse
Les noms Indiens Raah et Gavasca
Je suis sûr que Smith ne vient pas d’Afrique
Oh non, entends-tu ce que je dis, oh non
Mes frères et mes soeurs savent

Lorsque j’arrive en Ethiopie je suis embarrassé
Après avoir dit à mes frères que mon nom est Morris
Car le nom que je porte est celui d’un Européen
Et non pas le nom d’un Africain noir

Reprends ton nom et donne moi mon nom
Je et Je ne voulons pas de ce nom
Les noms Chinois Chin et Chung
McIntosh vient d’Ecosse
Les noms Indiens Raah et Gavasca
Je suis sûr que Smith ne vient pas d’Afrique
Oh non, entends-tu ce que je dis, oh non
Mes frères et mes soeurs savent

Tu sais que le nom que je porte n’est pas celui qu’il devrait être
Il m’a été donné par vous les Babyloniens
Ce n’était pas mon souhait de l’accepter
J’ai été forcé par vous à le porter

Reprends ton nom et donne moi mon nom
Je et Je ne voulons pas de ce nom
Les noms Chinois Chin et Chung
McIntosh vient d’Ecosse
Les noms Indiens Raah et Gavasca
Je suis sûr que Smith ne vient pas d’Afrique
Oh non, entends-tu ce que je dis, oh non
Mes frères et mes soeurs savent

Ce nom ne vient pas d’Afrique, non

Patois Jamaïcain :

Take back your name and give I fi I name
I and I don’t want this yah name
Chinese name Chin and Chung
McIntosh came from Scotland
Indian name Rajah and Gavasca
I man sure Smith no come from Africa
Oh no, you hear what I say, oh no
My brothers and sisters know

When I reach Ethiopia I feel embarassed
After telling I idrens I name Morris
Because the name I have is for a European
Not the name of a black black African

Take back your name and give I fi I name
I and I don’t want this yah name
Chinese name Chin and Chung
McIntosh came from Scotland
Indian name Rajah and Gavasca
I man sure Smith no come from Africa
Oh no, you hear what I say, oh no
My brothers and sisters know

You know the name I have isn’t the correct one
It was given to I by you the Babylonians
It was not I wish to accept it
I and I was forced by you to use it

Take back your name and give I fi I name
I and I don’t want this yah name
Chinese name Chin and Chung
McIntosh came from Scotlan
Indian name Rajah and Gavasca
I man sure Smith no come from Africa
Oh no, you hear what I say, oh no
My brothers and sisters know

This name no come from Africa no

On se retrouve dans deux semaines pour continuer notre exploration des racines musicales de la Jamaïque, alors restes connecté pour un nouveau numéro de Lyrics & Culture ! Une traduction par James Danino. Si vous voulez découvrir de nouvelle traduction de James Danino, rendez-vous sur : Wisdom Knowledge Understanding. Pour soutenir le travail de James Danino participez en ligne à sa campagne Tipee : SirJamesTipee. Et si vous voulez le contacter c’est par ici : SirJamesReggae.

LAISSER UN COMMENTAIRE